Sixième édition pour Bruits Blancs, festival de musiques électroniques, d'improvisations, de créations numériques.

Sixième édition aussi où une journée est consacrée à des rencontres entre littérature et créations sonores.

Cette année, ce sera, entre autres, pour un duo inédit Hélène Breschand / Charles Robinson.
Nous jouerons une nouvelle pièce :
Cumbia
/ scène politique


Le programme complet de la journée sur le site de Bruits Blancs #6.


quand : début du festival le 23 novembre
journée littérature / création sonore : le 26 novembre à partir de 17 heures

où : Anis Gras
55, avenue Laplace
94110 Arcueil
RER LAPLACE
Invité au troisième festival Albertine, sous la houlette de Ta-Nehisi Coates pour un ensemble de réflexions sur l'identité, ses usages politiques, et la façon dont l'art interroge et rejoue nos catégories.



Every Name in the Street
Dimanche, 6 novembre 2016
3:00PM
Considering language as a site of political struggle and a reflection of the social constructions that shape our worldview, Claudia Rankine, Zahia Rahmani, Jacqueline Woodson, Charles Robinson, and Adam Shatz will discuss the intersections between identity, language and politics. What is the role that literature plays in challenging our preconceptions and reimagining society? 

Le débat est retransmis via Livestream le 6 novembre à 3:00pm (EST)

le site du festival : http://www.albertine.com/festival-albertine-2016-november-2-6/

cop. Mathieu Catonné
Un ami, c’est un couteau que tu attrapes dans le noir. Peut-être c’est le manche. Peut-être c’est la lame. Alors, est-ce que tu vas serrer la main ?

À l'invitation de Littérature, etc., co-producteur de la création : une heure de texte | voix | son, dans les hangars de Fructôse, sur les quais, en ouverture d'Apocalypse, thème officiel du festival.

TEXTE : Charles Robinson
VOIX : Violette Pouzet-Roussel, Charles Robinson
CRÉATION SONORE : Lena Circus
INGÉNIEUR SON : Julien Jacquin

lieu : Fructôse
Môle 1 - Hangar 4.IV
rue du Magasin Général, 59140 Dunkerque

date : lundi 10 octobre 2016
à 20 heures
lecture suivie d'une rencontre
Il a acquis un sixième sens avec les policiers. Il sait ceux qui vont serrer, ceux qui passeront un petit coup de pompe vicieux dans les mollets, ceux qui propulseront d’une poussée dans le dos au moment de franchir la porte, et il faut anticiper pour ne pas aller cogner dans le chambranle. Ils interrogent. Des questions. Des litanies de questions. Comme personne ne lui en a posé depuis des années. Des questions sans objet, sans fondement, sans enjeu, des questions auxquelles ils ne croient pas, et dont ils n’écoutent pas les réponses, des questions qui servent seulement à le garder dans leur champ de vision, à l’observer, jusqu’à ce qu’il se mette à genoux en hurlant. Ils posent des questions, mais en vrai ils cherchent la tirette d’ouverture facile, où est logée la preuve, et c’est terminé, ils ont achevé leur travail, et lui il retourne à l’abattoir, à Saint-Lazare, à la campagne, vider les tinettes, au baquet, en Roquette, à la barbotte, aux barreaux-chocolat, back to bignouf, à la boîte à fagots, en cachemitte, en case, embastillé, faire le manège, fait comme un rat, fait aux pattes, fosse aux ours, galérien, gaule de schtard, bouffer de la lentille aux pucerons, éponger de la gerbe, pupille d’État.


Les Cités, à travers une création scénographique et sonore, qui mêle musique improvisée et écriture romanesque, à partir d'un texte inédit.

Une création pour la scène, pour deux voix, pour une vingtaine de personnages et trois musiciens. Un concert textuel, entre guitares rugueuses, percussions arythmiques, souffles courts, courses-poursuites et déflagrations noise.
Une forme à la fois légère et totale, abrasive et politique, singulière et généreuse.

Ça se joue mercredi 28 septembre, à 20h30, pour une première, en sortie de résidence.

TEXTE : Charles Robinson
VOIX : Violette Pouzet-Roussel, Charles Robinson
CRÉATION SONORE : Lena Circus
INGÉNIEUR SON : Julien Jacquin

lieu : Mains d'Oeuvres
1, rue Charles Garnier - 93400 Saint-Ouen
métro : ligne 4, porte de Clignancourt. Ou, ligne 13, Garibaldi.

entrée gratuite : pour réserver, cliquer ici

une coproduction Fig et Fam - Littérature, etc - Mains d'Oeuvres

See you...



Comme tous les départs, celui-ci avait été fébrile et confus ; comme si la réalité, dans sa hâte à prendre forme, n’avait pas complètement réussi sa transformation, ou s’était trouvée à court de concret.

Blomberg, un ciel crépusculaire, les rues de la ville, l’agitation, le métro. Key, son interlocuteur. Les deux enchaînent bars, restaurants, bars, boivent. Blomberg négocie prudemment. Il a ses chances, pense-t-il. Mais cela peut craquer à tout moment. On ne sait quels sont les liens entre les deux. Key, manifestement, a Blomberg à la bonne, mais c’est un spéculateur, un homme nerveux et définitif, coupant. Blomberg a besoin d’argent. Il parle de Noni, une jeune femme. Vous l’aimez, dit Key. Ce n’est pas la question, répond Blomberg, elle va mourir, elle a décidé d’épouser un amoureux et soupirant de longue date, pour cela elle doit divorcer, vite, et donc partir au Mexique, où tout est accéléré : elle divorce de son premier mari, épouse le nouveau et meurt. Le futur mari ne sera au courant de rien, nous truquerons le voyage.

— Ce que je ne saisis pas, c’est pourquoi vous êtes obligé d’y aller.

Mais Key n’est pas un mauvais bougre pour un financier. Il veut bien entendre. Être convaincu. Et placer à perte s’il y a de la valeur.
Blomberg, Noni et Gil partent donc au Mexique. Il n’y a alors ni la télévision ni Internet. Un voyage, c’est quelque chose. Ils traversent le cœur du pays en train, prennent une correspondance dans la nuit, en grand noir. Ce sont des mouflets élégants, fragiles, en terre de pionniers, d’aventures. Des Bostoniens. Blomberg, le Juif cultivé, Noni seulement équipée d’un carton à chapeau noir brillant, Gil, à lunettes, en manteau et chiffonné. Dans des terres de Western. Le train se remplit de Mexicains : ils n’avaient jamais vu d’Indiens. Noni trempe sa main dans le fleuve Mississippi.

— Maintenant, Blom, me voilà baptisée dans ce continent. Maintenant, j’ai du sang indien.

Ils atteignent le Mexique, qui est une grande fiesta dérisoire, misérable et sanguinolente, où les pouilleux les déshabillent du regard, où un homme ivre demande de l’argent parce qu’il a tué sa femme et qu’il doit se cacher quelques jours avant de revenir, où une grande nuit d’ivresse prend place dans la maison d’en face.
Noni tombe. C’est très simple. Le cœur n’a jamais été assez solide.
Fin du livre, seulement en retard de quelques pages sur cette mort annoncée, qu’il s’agissait d’aller planter là-bas.

La question est peut-être : à faire quoi ce cœur n’est-il pas assez fort ?

Noni est décrite comme la femme-libellule : belle (mais pas jolie), d’une haute sensibilité, fantasque, sexuelle aussi (déjà mariée, n’hésitant pas à garder près d’elle deux soupirants différents, les tenir fermement). Mais les trains, le pays, les paysages, et plus encore la violence du climat mexicain – son altitude, ses êtres qui sentent fort l’humain (par leurs rires, leurs convoitises, leurs pauvretés), sa misère – sont clairement trop pour sa délicatesse. Est-ce cela le sujet du livre ? Une civilisation raffine à ce point certain de ses êtres qu’ils sont inadaptés au monde ? Est-ce le spectacle de cette double décadence : des Romains en pâte de verre face à d’ex-primitifs, décadents de leur propre état de nature et corrompus par l’alcool et l’argent des civilisés ?
Ou bien, quelque chose apparaît, dans un monde virtuose – splendeur des ciels, musculeuse rudesse du rail, rire d’un serveur noir, etc. – et condamné. Ce quelque chose, à la fois rien et obsédant, l’âme poétique y repère une configuration de cristal. L’âme poétique est presciente du moindre choc. Elle sait que les formes très anciennes du monde survivront, elles sont faites d’une pâte vestigiale. Nos extases sont de la buée, dit le livre, un souffle sur la vitre d’un train qui traverse les roches, les fleuves, les âges.
Ou bien encore le livre se laisse simplement emplir de ce qui est, et étonner des paradoxes : le dépôt de la fleur gracieuse sur les tas de fumier ? Impressions, débris de conversations, aperçus éclairs : bien des pages fleurent la transcription d’un journal intime, et le léger décollé fictionnel des êtres rencontrés, côtoyés, observés avec tendresse. Peut-être est-ce cela le sujet du livre : l’érotisation fictionnelle, en forme de tendresse, des quotidiens. Un moyen de changer en mythes ceux qui sont là, pris dans la masse et pourtant touchants. Une façon de saisir leur beauté, leur incongruité, et de les amener face à leur situation dramatique : leur beauté est paradoxale, elle est trop fragile pour se réaliser dans leurs désirs. Doués pour la bohème, mais pas la santé, pas l’amplitude.
Ce sont de tout petits adulescents, déjà sexuels et encore nounours en peluche, piqués dans un paysage de feu, de noirceur, un Éden en lambeaux, où Lowry plante ses êtres tannés et cuits. Taillés pour Au-dessous du volcan, mais aux ciseaux à bout rond dans du papier. Des chimères.


Qu’une vie puisse avoir été si belle, si totalement vouée au bien et au beau, en dépit de tous les principes inflexibles de fragilité et de violence, lui communiqua un farouche regain de sa foi en la magnificence essentielle de l’être humain.